Dans mon
précédent billet, je parlais avec photos de couvertures de magazines à l'appui, de la frénésie pro-bébé dans laquelle baignent nos sociétés occidentales.
Maintenant, permettez-moi une montée de lait (j'ai bien pesé mes mots avant de choisir cette expression).
Ce midi, c'est en écoutant
Maisonneuve en direct, une tribune téléphonique sur les ondes de Radio-Canada à propos du don d'organe que je me suis rendu compte à quel point nous, gens sans enfant, sommes des citoyens de deuxième classe, à peine assez importants pour valoir la peine d'être sauvés..
Je vous résume la situation. Des auditeurs appelaient la station de radio pour dire s'ils sont pour ou contre le don d'organes (j'en profite pour dire que je ne comprends pas du tout comment quelqu'un pourrait être contre...) Bref, entre les interventions des auditeurs, des experts expliquaient leur point de vue et citaient divers témoignages: "La petite X a eu un nouveau foie." "Monsieur Y, père de 5 enfants, a pu continuer à donner de l'amour à tous ses chers enfantss grâce au don d'organe" etc, etc, etc.
Ce qui me porte à croire que s'il y a une hiérarchie d'importance des gens dans nos société, elle va comme suit:
1) Tout en haut de la liste, il y a les enfants, quoi de plus beau, d'innocent et de merveilleux qu'un enfant. Personne ne peut le nier.
2) Ensuite, il y a les parents. Pourquoi? Parce qu'ils ont des enfants et qu'un enfant qui n'aurait qu'un seul parent, c'est la piiiiiire des choses au monde (comme preuve< ironie> je n'ai moi-même eu qu'un seul parent et voyez dans quel état je suis! ).
3) Puis il y a les gens importants: les stars de cinéma, les récipiendaires de Prix Nobel, qui d'autre?... Je vois pas, je crois que c'est pas mal ça.
4) Et tout, tout en bas de la chaîne alimentaire, il y a nous, les non-parents. La société s'en fout si on vit ou crève parce que de toute manière on est i-nu-ti-le, voyez-vous, parce qu'on n'a pas d'enfant à notre charge.
Bien sûr, c'est mon interprétation. Je n'essaie pas de dire ici qu'on se ferait refuser un transplant, mais qu'un peu partout, dans nombre de discours, transparait le même fait de société: les gens sans enfants ne sont pas aussi importants que ceux qui en ont.
Ça me fait chier, moi, d'être vue comme une citoyenne de seconde classe, comme une personne pas aussi bonne ou aussi spéciale que DES PARENTS.
Pensez vite. Dans un appartement en flammes il y a deux personnes: une non-mère et une maman de trois enfants. Vous ne pouvez que sauver une personne, qui choisissez-vous? Je serais prête à parier que 95% des gens (sinon plus) répondraient: "Mais la mère, voyons!" et ce, sans hésiter.
C'est donc ce manque d'hésitation qui m'horripile. N'aie-je pas droit au respect et à la considération même si je suis nullipare?
Pour illustrer mon point, je vous recommande la visite de la section
Témoignages du site
Québec Transplant pour vous faire sentir super bien dans votre peau si vous êtes comme moi, "inutile à la survie humaine".
Parce que avouons-le, il n'y a qu'une SEULE manière d'être utile et de s'épanouir dans la vie... c'est d'avoir des enfants.
Rappelez-moi, on est en quelle année déjà? 1952? 1964?