jeudi 20 décembre 2012

Et toi, si...

L'autre jour, j'avais une conversation de filles avec des amies. Le genre: "Toi, comment appellerais-tu tes enfants?" Je ne déteste pas participer à ces conversations et me projeter dans un futur imaginaire. Moi aussi, comme beaucoup de femmes, j'ai une idée des noms que je donnerais à mes enfants. Le hic, c'est que pour moi, c'est purement un exercice de style. Des noms que je pourrais donner à des chats ou à des personnages.

Alors toujours sur le même sujet, je dis tout bonnement aux filles: "En tout cas, si j'étais enceinte, moi, c'est sûr que je demanderais à mon conjoint de faire les mêmes sacrifices que moi. Si je bois pas, tu bois pas!" Et là, toutes les filles se sont écriées: "Ben non! Tu peux pas lui demander ça! Voyons donc!" Et moi qui pensais  que tout le monde allait applaudir cette pensée féministe et dire: "Ah oui, c'est sûr, moi aussi, je ferais la même chose. Égalité pour tous!" Mais non, ces femmes trouvaient toutes complètement naturel qu'elles seules se privent et me voyaient comme contrôlante.

C'est alors que j'ai compris. Parmi elles, j'étais la seule qui ne voulait pas d'enfant. Pour moi, être enceinte n'est qu'un paquet de sacrifices. Jamais n'aie-je pensé que la femme peut ressentir des sensations privilégiées vis-à-vis l'homme puisque pour moi, savoir qu'un enfant grandit dans mon ventre, sentir ses premiers coups de pied, etc., ça ne m'intéresse pas, mais alors pas du tout. Je vois même plutôt ça comme dans Alien, un fétus-parasite qui me viderait de mon énergie et me donnerait des maux de ventre et de dos.

Comme quoi tout se passe réellement dans l'oeil de celle qui regarde.

Puisque être enceinte pour moi n'est que sacrifice (pas d'alcool ou de sushis pendant 9 mois!!) en plus des prises de sang, de la fatigue, etc., pourquoi ne pas demander à son conjoint de faire sa part aussi et de couper sur son fun lui aussi?

Mais non, cela fait de moi une marâtre, une femme qui ne comprend pas qu'elle est privilégiée. Mais doit-on toutes trouver que la maternité n'est que privilèges? N'y a-t-il pas aussi une part de sacrifices. C'est sûr que quand tu veux avoir des enfants, t'es prête à sacrifier un peu de ton fun pour quelques mois en vue de passer une vie entière avec cet enfant que tu désires. Mais quand tu n'en veux pas et que tu vois la maternité comme une période de 9 mois qui se solde par... rien d'intéressant, difficile de voir ces 9 (trop) longs mois comme étant autre chose qu'une série de sacrifices, malaises et autres trucs déplaisants.

Bref mes positions de non-mère volontaire me trahissent parfois malgré moi, même quand je participe aux conversations fantasques d'un futur qui ne sera jamais le mien.

10 commentaires:

Sophia a dit...

Tiens, j'ai déjà vécu ça. C'est rigolo d'imaginer des situations sans vouloir les vivre. J'ai une idée très précise des noms de garçons et de filles que je donnerais mais en même temps je vois être enceinte comme une longue maladie, une injustice de plus dans la nature. Les femmes ont plus de maladies génétiques et sont plus sujettes aux allergies. Elles vieillissent plus vite (leur peau est plus fine) mais par contre elles vivent plus longtemps. Je me suis souvent demandé si les femmes enceintes pensent vraiment qu'elles sont privilégiés ou bien si leur entourage et la société les en a persuadées.

Beatrix a dit...

Idem, pure fiction pour moi... mais je ne vois pas le sacrifice pendant 9 mois, je le vois BIEN PLUS LONG!!!! Un sacrifice total pendant des années!!! NON MERCI, SANS FACON!!!! Je garde ma vie comme elle est!

Magenta Baribeau a dit...

@Beatrix:

Oui, bien sûr, avoir des enfants, c'est plus que 9 mois. Mais dans ce cas-ci, je parlais uniquement de l'aspect être enceinte :)

Emmanuelle a dit...

Lol! J'ai toujours eu la perception "Alien" de la grossesse, enfin j'entends une autre femme en parler! Ça m'arrive aussi de jouer à ces jeux imaginaires-- ça rend nos amies de filles si heureuses. C'est comme leur acheter un vin blanc alors que vous préférez le rouge.

la seule chose, c'est que j'ai toujours l'impression qu'on cherche à allumer un fibre maternelle en moi; cet oeil oblique, pointu et clair qui monitorise si mon rythme cardique change quand je dis le mot bébé...

Merci pour votre blog, Magenta, ça me sauve la vie!

Arielle a dit...

Je suis tellement d'accord avec toi! Toutefois, c'est la première fois que j'entends quelqu'un exprimer cette position.

J'ai déjà fait cette réflexion à mon chum et des amis - des hommes - qui m'ont dit que même s'ils le voudraient bien, ils ne pouvaient pas être enceintes à la place des femmes et que par conséquent, ça ne servait à rien de se priver eux aussi. Personnellement, je vois cela comme une façon de soutenir sa conjointe, mais aussi l'idée d'égalité dans le couple: les deux doivent faire des concessions sur le plan de leur vie privée (dans mon entourage, c'est presque toujours la femme qui reste à la maison pour "garder"), leurs envies (alcool, sushi, tartare) pour le bien de l'enfant à naître et mettre en veilleuse leur carrière à tour de rôle, et non seulement la femme. Même chose pour les premiers mois de vie. Je connais plusieurs hommes qui considèrent que la femme doit se lever la nuit parce qu'eux doivent travailler le lendemain matin...

De plus, je ne crois pas qu'être enceinte soit un désir chez toutes les femmes qui veulent des enfants, mais un mal nécessaire. La grossesse entraîne de nouvelles sensations qui peuvent être une source d'émerveillement, mais c'est aussi une étape où la femme se trouve en quelque sorte dépossédée de son corps.

Je tiens aussi à souligner que la vie de couple implique de faire des compromis qui sont parfois lourds de conséquences. Des hommes acceptent d'avoir des enfants pour faire plaisir à leur conjointe, mais le contraire est vrai aussi. Est-ce que les deux subissent aussi lourdement les conséquences de leur décision? Je ne crois pas.

Berzingh a dit...

J'ai vécu mes grossesses comme un mal nécessaire pour avoir au final un enfant. C'est long, c'est chiant, c'est handicapant, c'est plein d'effets secondaires désagréables (fatigue, nausée, hémorroïdes, etc.) et en plus de tout ça, on se paye des interdits alimentaires pénibles (rha, plus de saucisson pendant 9 mois !). Même les côtés classiquement vendus comme trop choupi tout mignon ne sont pas toujours aussi sympathiques que ça : le sentir bouger à l'intérieur, c'est peut-être mignon au début (et encore, ça se discute), mais personnellement, me prendre un coup de tête dans le col de l'utérus ou un coup de pied dans la vessie, je ne suis pas fan.

Par contre, je ne vois pas en quoi ça m'aurait soulagé un tant soit peu que mon conjoint subisse les mêmes privations que moi : le malheur des autres ne rend pas le mien plus supportable. Quand j'ai la gastro, je ne lui demande pas de rester au jambon/riz. Quand j'ai une insomnie, je ne le réveille pas pour me tenir compagnie (ça aussi, ça fait partie du pack grossesse). Ça n'a rien à voir avec le féminisme, mais avec la vision que l'on a de son couple : une femme homosexuelle dont la compagne est enceinte serait-elle sexiste parce qu'elle persiste à boire de l'alcool ou ne se force pas à prendre 15 Kg ? Plutôt que de s'infliger des limitations totalement arbitraire, mieux vaut que le (la) conjoint(e) soulage sa partenaire en l'aidant (par exemple à enfiler ses chaussettes par dessus un ventre hyper dur, en se chargeant de la totalité des courses, en s'occupant au maximum des autres enfants s'il y en a, en prenant la part de ménage de l'autre à son compte, etc.) Bref, il y a suffisamment de trucs chiants utiles à faire pour ne pas s'imposer des trucs chiants totalement arbitraires et inutiles.

Magenta Baribeau a dit...

En fait, moi, je vois plus ça comme de la solidarité que de vouloir "faire chier quelqu'un d'autre." Bien sûr que si mon conjoint est malade, je ne lui souhaite pas de l'être par solidarité... mais peut-être de se priver d'aller dans un party pendant que je suis en train de vomir mes tripes.

Berzingh a dit...

Ben oui, c'est exactement ça : qu'il reste pour aider et soulager, oui. Qu'il se prive des mêmes choses de façon totalement artificielle, je ne vois pas l'intérêt.

Après, bien évidemment, pour ce qui est par exemple de l'alcool, si c'est une privation dure pour la femme qui est enceinte, c'est sûr que boire juste sous son nez, ce n'est pas sympathique et autant le faire à un autre moment. Pendant ma grossesse, mon compagnon n'achetait plus ni saucisson ni fromage non pasteurisé à la maison, parce que l'odeur me donnait horriblement envie et que ça aurait été cruel de sa part d'en manger devant moi. Par contre, je n'aurais jamais été lui demander de s'en priver quand je n'étais pas dans les parages.

J'ai lu je ne sais où qu'il y avait des femmes qui demandaient aux futurs pères de porter des sortes de sac au niveau du ventre pendant leur grossesse pour qu'ils subissent le phénomène baleine eux-aussi. Je trouve ça totalement absurde voire même totalement contre-productif : personnellement, je préfère que le père s'économise le dos tant qu'il peut pour ensuite porter le bébé pour que moi je puisse enfin me reposer !

En résumé, la grossesse est une période pénible et épuisante, mais ce n'est qu'un avant-goût de la suite : dans une société où on ne craint plus trop de mourir en couches, c'est la partie facile. Donc que le futur-parent non enceint profite au maximum de ses derniers moments de liberté, ça permet qu'il s'implique beaucoup plus à l'arrivée de l'enfant, permettant à la mère de se reposer de sa grossesse en déchargeant sa part de boulot sur son compagnon. Une fois qu'elle est plus en forme, il est possible de revenir à du 50/50.

Dis autrement : pendant ma grossesse, il sortait sans moi parce que je n'étais pas en état. Après l'accouchement, c'était mon tour de sortir sans lui pendant qu'il restait à la maison à s'occuper du bébé. Personnellement, je pense que l'arrangement se vaut.

Berzingh a dit...

D'ailleurs, je voulais demander : tes amies t'ont vraiment dit qu'elles voyaient la grossesse comme un privilège ?!? Par curiosité, elles avaient déjà été enceintes ? Parce que je te rejoins complètement sur ça : "difficile de voir ces 9 (trop) longs mois comme étant autre chose qu'une série de sacrifices, malaises et autres trucs déplaisants", alors même que pour moi, ça se soldait par quelque chose d'intéressant (l'enfant, je précise au cas où :P).

Au passage, vouloir des enfants et penser qu'en avoir c'est "sacrifier un peu de ton fun pour quelques mois en vue de passer une vie entière avec cet enfant que tu désires", c'est se fourrer le doigt dans l'oeil. C'est en années qu'on compte le sacrifice, pas en mois.

Dame Silu a dit...

Waaaw ! toi aussi tu vois ça comme dans Alien ! Tout le monde est horrifié quand je fais cette comparaison, mais pourtant c'est tout aussi gore (et mignon quand même, bah oui, c'est mignon les petits aliens plein d'écailles!)
:)
Merci pour ton blog!
Silu