lundi 2 juillet 2012

La maternité, un désir biologique?

Un lecteur et blogeur nous fait cadeau de ce texte. Merci, Olivier Chacornac, de "Tu penses comme tout le monde".
La maternité est un désir biologique
On entend parfois dire qu’arrivées à un certain âge, les femmes ressentent le besoin d’avoir des enfants. Certains avancent même qu’il s’agit là d’un instinct maternel, une sorte de pulsion biologique créant chez la femme le désir de procréer. L’idée semble assez répandue, étant donné qu’il est fréquent qu’une femme, lorsqu’elle évoque son absence d’intérêt face à la maternité, se voit répondre « tu verras, ça viendra », comme s’il s’agissait là d’un incontournable dans la vie d’une femme. Mais les sciences tiennent un autre discours à ce sujet.

Commençons par aborder la question du point de vue de l’évolution. Nous sommes des mammifères, et nous partageons le même mode de reproduction avec l’ensemble des mammifères : accouplement, fécondation, grossesse et finalement mise au monde d’un nouvel (ou de nouveaux) individu(s). Il serait aberrant de parler d’un désir de maternité d’origine biologique chez les marmottes. Elles se contentent de suivre quelques instincts de base pour procréer et faire survivre leur espèce : instinct sexuel (accouplement) et instinct de protection et de satisfaction des besoins essentiels de la progéniture. Et il en est de même pour tous les mammifères, y compris l’humain. Mêmes si nos comportements sont hautement plus complexes que ceux des autres mammifères, le schéma reproductif ne change pas. Peut-on cependant penser que l’évolution a créé chez l’humain, en plus des instincts sexuels, un instinct créant un désir d’enfant ? Ceci est théoriquement impossible pour deux raisons :

1 – Les instincts sexuels sont largement suffisants pour assurer la procréation et la perpétuation de l’espèce. Du point de vue évolutif, l’apparition d’un instinct supplémentaire n’apportant pas de bénéfice à la survie de l’espèce est très peu probable.

2 – L’homo sapiens (l’homme moderne) est apparu il y a plus de 200 000 ans. Pourtant, il n’a fait le lien entre la sexualité et la reproduction que tardivement, à l’époque où il commençait à être éleveur, il y a environ 10 000 ans. Avant cela, l’apparition d’un “gène du désir d’enfant” est impossible étant donné que l’homme ignorait comment procéder pour procréer. Et nos gènes n’ayant pratiquement pas changé en plus de 200 000 ans, il est impossible que l’évolution ait façonné un tel désir en seulement 10 000 ans.

Dans ce cas, d’où vient ce désir d’avoir des enfants ? S’il n’est pas d’origine biologique, c’est qu’il est d’origine sociale. Si l’évolution n’a pas implanté en nous ce désir, elle s’est tout de même assurer de nous donner quelques instincts de base pour faire de nous de bons parents. C’est cela qui fait que l’on trouve les enfants mignons et que l’on ai envie de s’occuper d’eux. Le fait de côtoyer des parents et leurs enfants, de voir la satisfaction que cela apporte sont autant d’éléments qui peuvent donner envie de devenir parent. 

Il existe aussi d’autres facteurs, moins enviables, comme la pression sociale : cette image de nos sociétés modernes qui fait qu’une famille épanouie est une famille avec enfants, qu’une femme accomplie est nécessairement une mère, et parfois la pression des parents qui réclament des petits-enfants.

Une autre observation que l’on peut faire et qui soutient l’origine non biologique du désir de maternité (ou de parentalité car cela concerne aussi bien les hommes) est qu’il existe des couples ne souhaitant pas avoir d’enfants, des childfree. Leurs motivations sont diverses, mais la principale avancée est un désintérêt face à la parentalité : avoir des enfants ne les intéresse tout simplement pas. Ils ne détestent pas les enfants (ils peuvent même apprécier ceux des autres), mais avoir les leurs ne les attire pas ou peu. Si la maternité était un désir biologique, on pourrait considérer les chilfree comme des individus anormaux. Fort heureusement, ce n’est pas le cas. Après tout, dans des sociétés où la contraception est très accessible, la sexualité et la procréation sont deux choses bien distinctes. Avoir des enfants n’est plus la conséquence de nos activités sexuelles, c’est désormais un choix.

Et puis il y a tout de même quelque chose de fondamentalement antiféministe à considérer que le désir d’avoir des enfants a une origine biologique. Cela réduit la femme à une machine à procréer, incapable de faire un choix de vie de la plus grande importance : celui d’avoir ou non des enfants. Les féministes ont beaucoup lutté pour le droit et l’accès à la contraception car celle-ci participe à l’émancipation des femmes : elle leur donne le choix de faire des enfants ou non, et si oui, elle leur permet de choisir le moment souhaité. Attribuer une origine biologique au désir de faire des enfants, c’est faire reculer les mentalités au sujet de la libération des femmes, marginaliser les “childfree” et oublier une partie de ce que la science a permis en matière de progrès humain. Et au XXIème siècle, il est plus que nécessaire de déconstruire ce mythe.

4 commentaires:

Alaiya a dit...

Hum... Je suis childfree, féministe dans les limites du raisonnable, et je trouve tout de même que ce texte est sujet à caution.

Parler d'instinct pour le désir d'enfant n'est pas approprié: je parlerais plutôt d'instinct de procréation. Et de ce point de vue, je ne suis pas d'accord avec l'auteur du texte. Il le dit lui-même d'ailleurs, l'Homme est un mammifère. Un animal. Et comme tout animal, l'Homme possède, inscrit très profondément dans cet espèce de cerveau primitif qu'on se trimballe tous et toutes, cet instinct de procréation, de reproduction, nécessaire à la perpétuation de l'espèce. Qu'on le veuille ou non, c'est difficilement contournable, factuellement parlant.

Maintenant, l'Homme est un animal, oui, mais conscient d'avoir une conscience. Et par extension, en capacité de faire des choix que ne soient pas *uniquement* dictés par l'inné, l'inconscient, ou ledit cerveau primitif. C'est ce qui nous place au sommet de l'évolution.

De fait, je pense que la nature est suffisamment bien faite pour générer ce qu'on appelle un désir d'enfant chez la femme, mais qui n'est rien d'autre que la manifestation de l'obligation de reproduction. Processus biologique, chimique (les fameuses hormones), peu importe, une série de réactions en chaîne stimule cerveau pour générer ce désir d'enfant. Après, bien entendu, la pression sociale joue son rôle pour renforcer ce que la femme *choisit* de regarder comme un désir (parce que nous sommes des êtres humains et reconnaître qu'on est mené par le bout de notre cerveau primitif, ce n'est pas très glorieux...).

En conclusion, je pense que féminisme ou pas, la femme reste soumise non pas à un désir mais une obligation impérieuse de perpétuation de l'espèce. MAIS en tant qu'être humain, elle a la latitude de faire le choix de ne PAS répondre à "l'appel de la nature". Ce choix est nourri par tout un tas de raisons qui, elles, sont conscientes et c'est ce qui nous élève au delà de la masse.

Par ailleurs, il est possible, voire même probable que, biologiquement parlant, les childfree soient différents, parce que la fameuse réaction en chaine ne se produit pas, et ne se produira jamais. Cela ne fait pas cependant des childfree des êtres inférieurs, ils sont simplement différents. Et, IMHO, c'est peut être aussi cela qu'il faut mettre en évidence, qu'on fait des choix, c'est vrai et heureuement, mais aussi qu'on ne rentre biologiquement pas dans le moule.

Non, parce que si en ce qui me concerne, le désir d'enfant ne m'a même jamais effleurée, je n'ose penser à celles qui a un moment donné ou à un autre ont eu ce désir, et décidé de l'ignorer. D'ailleurs, ce serait intéressant de connaître leur point de vue, et la façon dont elles vivent ce tiraillement.

Dernier point: à mon sens, le combat du féminisme va bien au delà de ce choix de ne pas faire d'enfant, dans le sens où, de nos jours, cela me semble logique d'être apte à faire un choix. ce n'était pas le cas quand la contraception n'existait pas, aujourd'hui, ça l'est, ça ne devrait même pas être discuté. Non, pour moi, le combat féministe de nos jours, c'est la lutte pour l'égalité professionnelle. Et de ce point de vue, il y a encore du boulot...

Anonyme a dit...

Au contraire d'Alaiya je ne crois pas au désir instinctif de procréation. Je pense que dans le fond on n'est pas différents des autres mammifères (et surtout pas supérieurs, ça c'est un restant de la Bible). Je pense qu'à la base, tout comme les autres animaux, qui ne pensent pas du tout à procréer mais simplement à satisfaire certains besoins, l'envie consciente de vouloir ou non des enfants est liée à des facteurs externes (éducation, vécu, contraception) qu'on a intériorisées au cours de notre vie.

Poulpeman a dit...

Bonjour Alaiya,

La notion d'instinct de procréation, bien que réelle, est trompeuse car elle englobe divers comportements : recherche de partenaires, comportements sexuels, comportements parentaux, etc. Mais elle ne définit pas une volonté instinctive d'avoir une progéniture. D'ailleurs, comment s'y prendraient les animaux qui n'ont pas conscience du lien entre sexualité et reproduction pour assouvir leur instinct de procréation ?

L'aspect confus de l'instinct de procréation crée une sort d'idée reçue : celle selon laquelle il y aurait une volonté instinctive de procréer. En fait, c'est l'instinct sexuel qui sert d'instinct de procréation. Lui seul suffit à conditionner la perpétuation de l'espèce.

Au final, il n'existe pas de volonté instinctive de se reproduire. Il existe un instinct sexuel qui pousse les animaux (et les humains) à avoir des rapports sexuels, avec pour conséquence la procréation.

Cordialement,

Olivier

Anonyme a dit...

bonjour à 42 ans j'ai jamais voulue d'enfants comme par exemple la grossesse l'accouchement le corps qui se déforme les pleurs jours et nuits les cris les betises et je suis à cent pour cent avec les femmes et hommes qui ne veulent pas etre parents ou etre parents et vivez pour vous pas pour les autres .