mercredi 13 octobre 2010

Mon utérus est-il public?

Ce que je ne comprends pas, et peut-être pourrez-vous m'aider à trouver la réponse, c'est pourquoi ma fertilité est d'intérêt public?

Pourquoi est-ce que ça intéresse les gens de savoir si je compte avoir une progéniture? Et surtout pourquoi tentent-ils de me convaincre que j'ai tort de ne pas en vouloir?

Comment mon utérus et toutes ses parties adjacentes sont-ils devenus sujet de conversation et matière à être jugées? Nos entrailles ne devraient-elles pas rester dans le domaine privé, étant au coeur même du plus profond de soi? Gardons-nous une petite gêne, s'il vous plaît!


Personnellement, moi, je m'en fous de savoir qui se reproduit et quand il compte le faire.  Si vous voulez avoir des enfants et que vous le faites, tant mieux pour vous. Je me garde de vous demander vos raisons. Pourquoi n'aie-je pas droit au même traitement?

À la rigueur, moi, je suis assez ouverte et militante pour la cause du droit au respect des childfree, alors j'ose m'exprimer haut et fort autant sur Internet que de vive voix. Mais ce n'est pas tout le monde qui se sent à l'aise de discuter de ses hormones, désirs, et de sa fertilité.

N'oublions pas qu'à la sempiternelle question: "Veux-tu avoir des enfants?" certains le voudraient, mais ne le peuvent pas. Devraient-ils en discuter en long et en large avec le premier venu? Peut-être, s'ils le désirent. Mais pour certains, la blessure est grave. Ça, vous le comprenez, être sans enfant alors qu'on en désire, c'est un grave malheur.

Par contre de dire qu'on n'en désire pas, c'est être vu comme un paria de la société et alors on doit se justifier, ça va de soi, évidemment... Et si on ne désire pas en parler nous non plus, de nos raisons? Non, on ne peut pas. On se doit d'éduquer. D'être toujours disponibles pour expliquer aux autres calmement que nous existons, que nous ne sommes ni malades, ni frustrées, ni blessées, ni défectueuses... On ne peut pas, nous, faire un acte égoïste (pour revenir à un de mes billets précédents) et simplement dire: "Ce n'est pas de vos affaires." 

Enfin si, on peut, mais alors là, on est vues comme des vieilles aigries et donc on "mérite" cette incompréhension de notre situation. Comme quoi on est encore loin de l'équité entre les gens qui veulent avoir des enfants et ceux qui n'en désirent aucun.

Ralala... peut-être ne suis-je qu'un peu pessimiste en ces journées automnales...

11 commentaires:

epona1972 a dit...

Très bon article dans le Métro. Les commentaires déplaisants sont souvent de la jalousie mal place face à un épanouissement personnel versus familial...et le concept d'un groupe sans enfant est intéressant, à 37 ans, trouver des gens pour faire des activités relève parfois du défi, surtout dans une tranche d’âge où tout le monde se case, achète une maison et fait des enfants.Oui mon utérus m'appartient, et je déteste les commentaires des gens - qui souvent ne me connaissent même pas!!- qui me disent que je manque quelque chose, que je vais changer d'idée - de quoi je me mêle???? ESt-ce que je dirais à une grosse blonde que je ne connais pas qu'elle serait donc bien mieux mince et sans mèches? Qu'elle va changer d'idée? Qu’elle devrait me ressembler? Et moi je veux une écurie, est-ce que je dis aux gens qu'ils devraient avoir des chevaux et ne savent pas ce qu'ils manquent? Qu’un animal, ça apporte tellement, tellement de joie? Que c’est cool ramasser du fumier? J’en suis maintenant rendue au point où je suis parfois bête et désagréable en disant “non je changerai pas d’idée, c’est ma vie et je fais ce que je veux avec, ça ne vous regarde absolument pas ce que je vais faire avec mon future” Et pour l’info des lecteurs, j’adore les enfants – des autres. Et avouez que vous êtes donc contents que matante Caroline garde parce qu’elle a du temps libre…

Cath a dit...

Je pense que des fois, on fait peur parce qu'on ne fait pas les mêmes choix de vie qu'eux. Un peu comme s'ils avaient besoin d'être rassuré dans leur choix, que leur mode de vie est le bon. Sauf qu'il n'y a pas de bons ou de mauvais choix, il y a juste les choix que l'on peut faire et qui ne regardent pas les autres.

J'ai arrêté de me justifier depuis longtemps, je les laisse croire qu'ils ont raison et que je changerais d'avis, c'est rigolo aussi et si tu veux plomber une soirée, tu dis que tu es stérile et qu'ils deviennent vexants. L'effet est assez saisissant!

epona1972 a dit...

Dire qu'on est stérile??? J'ADORE je vais essayer, merci Cath, ça devrait boucher un coin à certaines - en autant qu'on ne se mette pas à parler d'adoption internationale!!! Et oui tu as raison quant aux choix de vie: on dirait que les gens veulent s'assurer que tu es comme eux, certains prennent ce que j'appelle "l'autoroute de la conventionalité" mais ne sont pas nécessairement heureux de leurs choix.

Juju a dit...

"Mon utérus est-il public?"
A un certain point oui, si on admet que chaque individu a des devoirs envers la collectivité. Dans le cas présent celui d'assurer la survit biologique de la collectivité question.

On ne peut pas lui reprocher, à la société, non plus de ne pas avoir cette attente envers les hommes puisque à toute fin pratique ils ont plus rien à dire sur ce sujet. ON décide seule.

On voulait être les seules à décider, le choix on l'a mais avec le choix vient la responsabilité et les obligations. La liberté absolu ça n'existe pas.

C'est peut-être un choix personnelle à la base mais les conséquences s'étendent à toute la société.

Si on décide de ne pas perpétué la société alors il nous faudra en assumer les conséquences et accepter la responsabilité de NOS CHOIX. Une société de p'tit vieux ça risque pas d'être une société très prospère... Et une retraite en dollar d'un pays en faillite ça ne mène pas loins...

Ceci dit vous ferai bien selon vos désirs.

Cath a dit...

@ Juju, si c'est pour commencer avec les retraites, le vieillissement de la population, on peut retourner le problème et dire que les enfants ça polluent plus, que la population mondiale ne fait qu'augmenter...

Jamed Lavy a dit...

"Oui mon utérus m'appartient"

> La preuve que non (dans la tête des gens, j'entends)... Il est au service de la société, de la prospérité, diront certain-e-s... du patriarcat, surtout. Chair à canon, monnaie d'échange, chair à obéir, consommer et abdiquer... Voilà pourquoi inconsciemment parfois les gens s'en mêlent alors qu'ils se fichent beaucoup plus de savoir si vous aimez les chevaux ou les papillons roses. C'est un sujet politique que celui qui nous mène à la natalité. Et pas des moindres.

milhousa a dit...

Bonjour,
Je comprends totalement votre combat. Cependant, je me pose une question peut-être idiote mais... A partir du moment où vous publiez un article "mon utérus est-il public" sur internet, vous parlez de votre vie privée qui tombe alors dans le domaine public (puisqu'on peut vous lire avec votre consentement) et donc vous vous exposez forcément aux remarques?? Je trouve qu'il y a quelque chose de contradictoire et d'ambigu à vouloir garder ce choix privé(ce qui est tout à fait compréhensif) alors que l'on publie sur internet (qui lui est public). Je m'exprime peut-être mal...Et puis, pourquoi tenter de vous justifier, après tout vous faites comme bon vous semble ! Moi-même, je me contrefiche de savoir si une telle ou une telle veut avoir des enfants ou non..

Magenta Baribeau a dit...

Juju: je ne crois pas que quiconque ait des enfants pour des raisons sociales. Donc de dire qu'une femme a la responsabilité sociale de faire des enfants est à mon sens complètement arriéré. Ne sommes-nous vraiment que des animaux qui ne sommes sur cette terre que pour nous reproduire? Je n'en crois rien!

Milhousa: Si j'ai écrit ce billet, c'est pour rétorquer à tous ceux qui me demandent si je vais avoir des enfants ou non. Et donc c'est une réponse écrite au lieu d'orale. Ce n'est pas moi qui commence les conversations avec les gens en disant: "Je ne veux pas d'enfants, voulez-vous savoir pourquoi?" Je parle de plein d'autres sujets et alors arrive cette question indiscrète de savoir ce que j'ai l'intention de faire de ma reproduction. Question que je trouve indiscrète. Alors je rétorque en disant: "Ce n'est pas de vos affaires!"

Anonyme a dit...

alors juste par solidarité, et pour vous rassurer, non vous n'êtes pas les seules a devoir vous justifier. Quand on a pas d'enfant on doit se justifier, quand on en a 1 on a droit "ah c'est pour quand le 2eme?" quand on en a plus de 3 "Vous allez vous arreter a combien?", si on le fait trop tot (avant 25ans) "ah c'est un accident?", si on le fait trop tard (35ans)" ah mais tu n'as pas peur d'avoir un trisomique?"...etc etc
La société a crée un moule qui est: avoir 1 mari+1 belle maison+2 enfants (une fille un garçon c'est l'idéal, demerdez vous pour faire comme il faut).
bon je dis ça mais je suis pile dans ce cliché là, mais ça n'empeche que ça me choque autant que vous.

Marie-Laure a dit...

Je me rappelle m'être posé a même question quand à table chez mon ex son père m'a sorti " Faudrait peut-être arrêter les études et commencer à faire des enfants" Cet homme ne s'est jamais excusé et son fils m'a sommé "Tu sauras que je veux des enfants avant mes 30 ans"... Je ne suis plus avec ...

Stéphanie a dit...

j'approuve totalement votre article, mais j'ajouterais que quels que soient vos choix concernant le fait de procréer ou non, les gens considèrent toujours que vous avez des comptes à rendre à ce sujet! Personnellement, j'ai l'impression que depuis que je suis enceinte, on considère que mon utérus est tombé dans le domaine public. On m'a même déjà demandé si mon col était dilaté... alors que je ne me permet aucune question concernant la dilatation de leurs différents orifices naturels! Quels que soient vos choix, surtout continuez de défendre à tout prix votre vie privée! bravo!